La filière tunisienne des composants automobiles pourrait viser 10 milliards d’euros d’exportations dans les cinq prochaines années. Cette perspective a été avancée le 8 octobre 2026 par Fatma Kalsi, directrice générale de la Tunisian Automotive Association (TAA), lors de l’émission Ecomag sur Express FM. Il s’agit d’un potentiel estimé par une représentante du secteur, et non d’un objectif public assorti d’un plan d’investissement officiellement adopté.
Le chiffre interpelle : les exportations automobiles tunisiennes se situaient autour de 3,9 milliards d’euros en 2025, tandis qu’une projection professionnelle présentée en juin anticipait environ 4,2 milliards d’euros pour 2026. Passer de cette dernière estimation à 10 milliards en cinq ans impliquerait une croissance annuelle moyenne d’environ 19 %. Ce calcul donne un ordre de grandeur, sans préjuger de la réalisation de la trajectoire.
Un secteur de plus de 300 entreprises
Selon Fatma Kalsi, la filière réunit désormais plus de 300 entreprises et représente environ 4 milliards d’euros d’achats par an. Ce dernier montant correspond aux achats évoqués dans l’entretien : il ne doit pas être confondu avec la valeur des exportations. Les statistiques sectorielles varient selon la période et le périmètre retenus.
Les composants produits en Tunisie alimentent des chaînes industrielles internationales, particulièrement européennes. Câblages, faisceaux électriques, pièces mécaniques, plastiques techniques, électronique et ingénierie constituent plusieurs des métiers de cet écosystème. L’industrie locale fournit des éléments intégrés à des véhicules assemblés ailleurs : une hausse des exportations ne signifie donc pas, à elle seule, que des voitures complètes seront produites en Tunisie.
Illustration : usine Geely à Ningbo, Chine. Photo Siyuwj, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0. Il ne s’agit pas d’une usine tunisienne.
Les chiffres à distinguer
| Indicateur | Valeur | Statut |
|---|---|---|
| Exportations 2025 | Environ 3,9 Md€ | Estimation sectorielle |
| Exportations 2026 | Environ 4,2 Md€ | Projection, non résultat définitif |
| Horizon de cinq ans | 10 Md€ | Potentiel évoqué par la TAA |
| Entreprises du secteur | Plus de 300 | Déclaration du 8 octobre |
| Achats annuels | Environ 4 Md€ | Déclaration, distincte des exportations |
La voiture électrique change les besoins des équipementiers
La transition vers les véhicules électriques ouvre des débouchés dans les systèmes de câblage, l’électronique de puissance, les équipements haute tension et les logiciels embarqués. Elle oblige aussi les fournisseurs à adapter leurs méthodes de production, leurs processus de contrôle et les compétences de leurs équipes. Fatma Kalsi a insisté sur la formation et la reconversion des salariés comme conditions de compétitivité.
La Tunisie dispose déjà d’une base industrielle tournée vers l’export. Mais la hausse des volumes ne suffira pas nécessairement : monter en valeur ajoutée suppose de capter davantage de conception, de validation, d’électronique et de services d’ingénierie, tout en conservant une qualité et des délais compatibles avec les exigences des constructeurs.
Europe, Asie et Afrique : diversifier sans perdre les débouchés historiques
L’Europe reste le débouché traditionnel des composants tunisiens. Lors de son intervention, la dirigeante a également évoqué les opportunités offertes par l’Asie et l’Afrique. Une diversification commerciale pourrait réduire la dépendance à certains clients, mais elle nécessiterait de nouveaux contrats, des certifications et des capacités logistiques adaptées.
Pour les industriels tunisiens, le véritable test sera donc moins l’annonce des 10 milliards d’euros que la signature de programmes d’approvisionnement durables, l’installation de capacités de production et le développement de compétences techniques. Aucun calendrier annuel chiffré permettant de garantir ce montant n’a été communiqué dans les sources consultées.
Et une voiture 100 % tunisienne ?
Interrogée sur la possibilité de fabriquer une voiture électrique entièrement tunisienne, Fatma Kalsi a présenté cette idée comme une ambition de long terme, encore à concrétiser. Il faut distinguer trois réalités : fabriquer des composants en Tunisie, assembler localement un véhicule et développer un véhicule avec une chaîne de valeur entièrement nationale. Ces étapes ne supposent ni les mêmes investissements ni le même niveau d’intégration industrielle.
Ce qu’il faut retenir
- Les 10 milliards d’euros représentent un potentiel avancé par la TAA, pas un résultat acquis.
- La projection de 4,2 milliards d’euros pour 2026 n’est pas une donnée annuelle définitive.
- L’électrification constitue une opportunité, mais demande des compétences et des investissements supplémentaires.
- Aucun calendrier officiel ne permet encore de confirmer l’atteinte de l’objectif à cinq ans.
Sources : entretien de Fatma Kalsi sur Express FM (8 octobre 2026) ; dépêche TAP sur la projection 2026 (4 juin 2026) ; La Presse de Tunisie et Webmanagercenter (9 octobre 2026). Photographie de couverture illustrative : ligne d’assemblage Opel à Gliwice, Pologne, Marek Ślusarczyk, Wikimedia Commons, CC BY 3.0. Elle ne représente pas une usine tunisienne.







