Les fortes pluies qui ont touché plusieurs régions tunisiennes les 10 et 11 septembre ont laissé de nombreux automobilistes face à une situation délicate : que faire lorsqu’une voiture a traversé une zone inondée, a calé dans l’eau ou a été retrouvée partiellement immergée ?
Selon un bilan communiqué le 11 septembre par la Protection civile et relayé par la presse tunisienne, 135 véhicules ont dû être dégagés des eaux après les intempéries. Ce contexte rend utile un rappel essentiel : si l’eau a pu atteindre l’admission d’air, le moteur, le plancher ou des équipements électriques, il ne faut pas essayer de redémarrer le véhicule pour voir s’il fonctionne.
Pourquoi un simple redémarrage peut aggraver les dégâts
Un moteur thermique comprime normalement un mélange d’air et de carburant. Si de l’eau pénètre dans un cylindre par l’admission, la situation change : contrairement à l’air, l’eau est pratiquement incompressible. Actionner le démarreur peut alors provoquer un blocage hydraulique, souvent appelé hydrolock.
Les conséquences peuvent être lourdes : bielle tordue, soupape endommagée ou autres dégâts internes. Le RACQ, organisme australien d’assistance automobile, recommande explicitement de ne pas tenter de démarrer un véhicule submergé et d’organiser une inspection avant toute remise en route.
Le risque ne se limite pas au moteur. L’eau et la boue peuvent atteindre les connecteurs, calculateurs, capteurs, faisceaux, boîtiers électroniques, roulements, freins ou fluides. Une voiture peut même sembler fonctionner normalement juste après l’inondation alors que de la corrosion ou un défaut électrique apparaîtra plus tard.
Les premiers gestes après la décrue
- Attendre que la zone soit sûre avant d’approcher le véhicule. Ne pas entrer dans une eau profonde ou en mouvement pour récupérer une voiture.
- Ne pas mettre le contact et ne pas actionner le démarreur si le niveau atteint par l’eau laisse penser que le moteur ou les équipements électriques ont pu être touchés.
- Photographier le véhicule avant nettoyage : extérieur, habitacle, niveau laissé par l’eau et dégâts visibles. Ces éléments peuvent être utiles pour l’expertise et l’assurance.
- Faire transporter la voiture plutôt que tenter de la conduire. Une inspection professionnelle doit précéder le redémarrage lorsqu’une immersion significative est suspectée.
- Informer rapidement son assureur et vérifier précisément les garanties prévues par son contrat. La prise en charge d’une inondation dépend des garanties souscrites et des conditions du contrat.
Le niveau atteint par l’eau est un indice important
Une éclaboussure ou quelques centimètres d’eau autour des pneus n’ont évidemment pas les mêmes conséquences qu’une immersion jusqu’aux sièges ou au tableau de bord. Une fois l’eau retirée, la ligne de boue laissée sur la carrosserie et dans l’habitacle aide à reconstituer le niveau maximal.

Plus l’eau monte, plus elle peut atteindre des organes sensibles. Lorsque l’habitacle a été envahi, les mousses sous les moquettes peuvent retenir beaucoup d’humidité. Un simple séchage superficiel ne suffit pas toujours : il faut rechercher la présence d’eau et de boue sous les garnitures et contrôler les connecteurs et calculateurs situés à faible hauteur.
Le mécanicien pourra notamment vérifier l’admission et le filtre à air, rechercher une éventuelle contamination des fluides, examiner les circuits électriques et contrôler le fonctionnement des freins, de l’éclairage et des systèmes de sécurité.
Cas particulier des hybrides et électriques
Un véhicule hybride ou électrique inondé impose davantage de prudence. Sa batterie haute tension et ses composants de puissance ne doivent pas être manipulés par un particulier. Le RACQ recommande de ne pas démarrer un véhicule électrifié submergé et de le faire remorquer vers un réparateur compétent pour inspection.
Il ne faut pas non plus tenter de recharger une voiture électrique susceptible d’avoir subi une immersion avant qu’un professionnel qualifié ait confirmé l’intégrité du système haute tension. Les câbles orange et les éléments de batterie doivent rester hors de toute intervention amateur.
Et si la voiture a calé en traversant l’eau ?
Un moteur qui s’arrête pendant le franchissement d’une zone inondée ne doit pas être relancé à répétition. Le calage peut précisément indiquer que de l’eau a atteint l’admission. Insister sur le démarreur augmente alors le risque de transformer un incident récupérable en dommage mécanique majeur.
La meilleure décision reste d’éviter le franchissement dès que la profondeur, l’état de la chaussée ou le courant sont incertains. Une route familière peut cacher une chaussée dégradée, une bouche d’égout ouverte ou une profondeur nettement supérieure à ce qu’elle paraît.
À retenir
- Une voiture inondée ne doit pas être redémarrée par réflexe.
- Le niveau d’eau atteint doit être documenté avant nettoyage.
- Une immersion importante justifie un remorquage et une inspection professionnelle.
- Les véhicules hybrides et électriques exigent une prise en charge adaptée à la haute tension.
- La couverture d’assurance dépend du contrat : il faut contacter son assureur plutôt que présumer de la prise en charge.
Après une inondation, quelques minutes de prudence peuvent éviter d’aggraver considérablement les dégâts. L’objectif n’est pas de remettre la voiture en route le plus vite possible, mais de déterminer d’abord si elle peut l’être sans danger.







