La Tunisia Investment Authority (TIA) place les minéraux critiques parmi les pistes susceptibles de renforcer les chaînes de valeur industrielles en Tunisie. Lors de la 25e session de son Conseil stratégique, tenue le 9 septembre 2026, l’agence publique a présenté une note consacrée au potentiel d’investissement du pays dans ce domaine et à ses liens possibles avec plusieurs filières prioritaires, dont l’industrie automobile.
Le document, présenté par le Pôle politique des investissements et des réformes de la TIA, porte sur le phosphate, le lithium, le cuivre et d’autres ressources considérées comme critiques dans les chaînes de valeur mondiales. L’agence ne présente pas ces ressources comme la garantie d’une nouvelle industrie déjà constituée : elle parle d’un potentiel à transformer en investissements, en activités à valeur ajoutée et en intégration plus poussée dans les chaînes internationales.
Pour la filière automobile tunisienne, l’enjeu est particulièrement intéressant. Le pays dispose déjà d’un tissu important d’entreprises de composants et de services industriels. La montée en puissance du véhicule électrique modifie toutefois la nature des intrants stratégiques : batteries, électronique de puissance, moteurs électriques, câblage et infrastructures énergétiques augmentent l’importance de certaines matières premières et de leur transformation.
La note de la TIA établit précisément un lien entre le développement du secteur des minéraux critiques et l’industrie des composants automobiles. Elle évoque la possibilité de soutenir de nouvelles activités et de renforcer les interactions entre secteurs. À ce stade, il s’agit d’une orientation stratégique et non de l’annonce d’une mine de lithium, d’une usine de batteries ou d’un investissement automobile déterminé.
Cette distinction est essentielle. La présence ou le potentiel géologique d’une ressource ne suffit pas à créer une chaîne de valeur industrielle. Entre l’extraction et un composant automobile fini interviennent plusieurs étapes : caractérisation des réserves, faisabilité économique, autorisations, financement, extraction, traitement, raffinage, transformation, logistique et intégration auprès de clients industriels.
La TIA souligne d’ailleurs la nécessité d’accélérer les réformes structurelles et d’améliorer l’attractivité du cadre réglementaire applicable aux investissements dans les ressources minières. Sa note repose sur une consultation d’experts ainsi que sur des échanges avec les membres du Conseil stratégique, qui réunit des acteurs publics et privés.
Le sujet dépasse la seule extraction. Dans l’automobile, la valeur se concentre aussi dans la transformation des matières, la fabrication de composants, l’ingénierie, le contrôle qualité, les logiciels industriels et la logistique. Pour la Tunisie, l’enjeu consiste donc moins à revendiquer une ressource qu’à déterminer quelles étapes de la chaîne peuvent être développées localement de manière compétitive.
La 25e session du Conseil stratégique a également consacré un volet au modèle hongrois d’attractivité des investissements. Des représentants de la Hungarian Investment Promotion Agency ont présenté l’organisation et les réformes utilisées par la Hongrie pour attirer des investissements étrangers et locaux. Cette comparaison n’est pas anodine pour l’automobile : la TIA cherche à identifier des mécanismes susceptibles d’améliorer la compétitivité tunisienne et l’accueil de projets à valeur ajoutée.
La stratégie présentée reste donc à un stade amont. Aucun calendrier de production, volume d’investissement, capacité industrielle ou projet de batterie automobile n’a été annoncé dans le communiqué de la TIA. Les prochaines étapes déterminantes seront la traduction de l’analyse en réformes, l’identification de projets économiquement viables et la capacité à attirer des industriels capables de transformer localement une partie de la valeur.
Pour l’écosystème automobile, cette réflexion arrive au moment où les chaînes d’approvisionnement évoluent rapidement avec l’électrification. Si la Tunisie parvient à combiner ressources, compétences industrielles, cadre réglementaire lisible et proximité des marchés européens, les minéraux critiques pourraient devenir un élément supplémentaire de son positionnement. Mais le potentiel identifié par la TIA doit encore être converti en projets concrets avant de pouvoir mesurer son effet réel sur la filière.







