La mobilité électrique tunisienne ne se résume plus à l’importation de voitures ni à la fabrication de composants pour l’export. Dans un entretien publié le 8 octobre 2026 par La Presse, Fatma Kolsi, directrice générale de la Tunisian Automotive Association (TAA), met en avant plusieurs jeunes entreprises locales et demande aux institutions publiques de devenir des acheteurs de leurs solutions. Il s’agit d’un appel de la filière, pas de l’annonce d’une commande publique déjà attribuée.
Le message est concret : des entreprises conçoivent des deux-roues urbains, des véhicules solaires légers, des solutions adaptées aux personnes à mobilité réduite et de petits utilitaires électriques. Leur défi n’est plus seulement technique. Il concerne aussi les volumes de production, l’homologation, le financement et l’accès à des clients capables de commander régulièrement.
Quatre entreprises, quatre usages distincts
| Entreprise | Solution mise en avant | Situation documentée |
|---|---|---|
| Pixii Motors | Scooters électriques connectés pour la mobilité urbaine | Modèle Shadow présenté sur le site officiel |
| Infinite Mobility | Véhicules légers intégrant l’énergie solaire | Projet tunisien de micromobilité cité par la TAA |
| HawKar | Quadricycle électrique accessible en fauteuil roulant | Phase pilote annoncée à El Ghazala, homologation définitive encore attendue en septembre |
| Bako Motors | Véhicules électriques légers et utilitaires | Premier lot de 20 véhicules expédié en Allemagne fin juillet 2026 |
Chez Pixii Motors, l’offre vise principalement les déplacements courts. Le scooter électrique Shadow et les outils numériques associés illustrent une mobilité plus légère qu’une voiture particulière. Le fabricant présente lui-même ce modèle sur son site ; aucune vente aux administrations tunisiennes n’a été annoncée dans les sources consultées.
Infinite Mobility explore une autre piste : des véhicules légers dont la conception exploite l’énergie solaire. Ce positionnement peut répondre à des usages spécifiques, mais il serait prématuré d’en déduire une autonomie, un prix ou une capacité de production sans fiche technique et homologation confirmées pour un modèle commercial précis.
HawKar répond à un besoin différent. Son quadricycle permet un accès direct en fauteuil roulant et adapte les commandes à l’utilisateur. Dans un entretien du 15 septembre, sa fondatrice Khadija Jallouli indiquait qu’un véhicule devait être expérimenté pendant dix mois à la technopôle El Ghazala, en partenariat avec Actia. La commercialisation restait conditionnée à l’homologation définitive.
Bako Motors est plus avancé dans la démarche exportatrice : la TAA a confirmé l’expédition de 20 véhicules électriques vers l’Allemagne le 31 juillet 2026. L’entreprise annonçait viser 88 unités exportées sur l’ensemble de 2026 puis 800 en 2027. Ces derniers chiffres sont des objectifs, pas des livraisons déjà réalisées.
Le rôle potentiel de la commande publique
Selon Fatma Kolsi, les organismes publics pourraient jouer un rôle de premiers clients pour les solutions tunisiennes. Une telle demande contribuerait à éprouver les véhicules en conditions réelles, à documenter leur maintenance et à sécuriser une partie des volumes. Elle ne dispense toutefois ni des procédures de marchés publics ni des exigences de sécurité et d’homologation propres à chaque catégorie de véhicule.
Un dispositif existe déjà pour encourager l’achat de voitures électriques par les établissements et entreprises publics ainsi que les collectivités locales. Entré en vigueur en janvier 2026, il prévoit une aide de 10 000 dinars par voiture électrique éligible, sous conditions et dans la limite des crédits disponibles. Cette aide ne doit pas être présentée comme automatiquement applicable aux scooters, aux quadricycles ou à tous les produits des start-up citées.
Une industrie qui cherche aussi des compétences
La TAA souligne par ailleurs l’intérêt croissant d’investisseurs asiatiques pour la Tunisie, ainsi qu’une demande de compétences en développement des groupes motopropulseurs, en essais et en validation de logiciels embarqués. Cette évolution complète le métier historique du câblage et des composants, sans signifier que chaque projet d’investissement évoqué a déjà débouché sur une usine.
Pour les automobilistes et professionnels tunisiens, l’intérêt de ces initiatives dépendra de critères mesurables : prix d’achat, coût d’usage, réseau après-vente, disponibilité des pièces, autonomie réelle et homologation. Le prochain indicateur décisif sera moins le nombre d’annonces que celui des véhicules effectivement livrés et utilisés.
Sources : La Presse, 8 octobre 2026 (déclarations de Fatma Kolsi) ; Tunisian Automotive Association, 1er août 2026 (exportations Bako Motors) ; La Presse, 15 septembre 2026 (entretien HawKar) ; La Presse, 7 janvier 2026 (dispositif d’aide aux organismes publics) ; site officiel Pixii Motors (présentation Shadow). Photographies des constructeurs, utilisées à titre d’illustration des entreprises citées.







