En 2020, Škoda Auto célébrait ses 125 ans. Cinq ans plus tard, la marque tchèque a franchi un nouveau cap : 130 ans depuis la création de Laurin & Klement en 1895, et 100 ans depuis la fusion de cette entreprise avec le groupe industriel Škoda en 1925. L’histoire mérite donc une mise à jour, d’autant que plusieurs affirmations souvent reprises sur les débuts de la marque sont inexactes.
La première automobile Laurin & Klement n’est notamment pas apparue en 1925. Elle remonte à 1905, soit vingt ans avant la fusion avec Škoda. Depuis cette première Voiturette A jusqu’aux modèles électriques de 2026, l’entreprise a traversé plus d’un siècle d’évolutions industrielles, politiques et technologiques.
1895 : l’histoire commence avec des vélos
À la fin de l’année 1895, Václav Laurin, mécanicien, et Václav Klement, libraire, fondent à Mladá Boleslav, en Bohême, un atelier consacré à la fabrication et à la réparation de bicyclettes. Leurs vélos sont commercialisés sous le nom Slavia.
Les deux entrepreneurs élargissent rapidement leurs activités. Dès 1899, Laurin & Klement produit des motocyclettes. L’entreprise développe ses propres solutions techniques et se fait également connaître en compétition, alors que l’industrie du véhicule motorisé n’en est encore qu’à ses débuts.

1905 : la Voiturette A ouvre l’ère automobile
En 1905 apparaît la Laurin & Klement Voiturette A, première automobile produite par l’entreprise. Cette petite deux-places est animée par un moteur bicylindre développant 7 ch et peut atteindre environ 40 km/h.
La Voiturette A marque le passage définitif de Laurin & Klement du deux-roues vers l’automobile. La gamme s’élargit ensuite rapidement avec des voitures particulières, des utilitaires et des modèles destinés à la compétition. Avant la Première Guerre mondiale, le constructeur est déjà devenu un acteur industriel important en Europe centrale.
1925 : Laurin & Klement devient Škoda
Le 12 septembre 1925 constitue l’un des tournants majeurs de cette histoire. Laurin & Klement fusionne avec le puissant groupe industriel Škoda de Plzeň. L’opération apporte les capitaux et les capacités industrielles nécessaires à une production de plus grande échelle.
À partir de cette période, les automobiles de Mladá Boleslav adoptent progressivement le nom Škoda et son emblème à la flèche ailée. L’appellation Laurin & Klement ne disparaît pourtant pas totalement : depuis 1995, elle est utilisée pour désigner certaines finitions haut de gamme de la marque.

Des modèles qui ont structuré l’identité de Škoda
Dans les années 1930, Škoda développe notamment les Popular et Superb. Après la Seconde Guerre mondiale, d’autres modèles deviennent emblématiques : l’Octavia et la Felicia à la fin des années 1950, puis la 1000 MB en 1964.
La 1000 MB constitue une étape industrielle importante avec sa carrosserie autoporteuse et son architecture à moteur arrière. Cette configuration caractérisera une large partie de la production Škoda pendant plusieurs décennies.
En 1987, la Favorit marque une rupture majeure. Cette compacte à traction avant, dont le dessin est confié à Bertone, adopte une architecture beaucoup plus moderne et prépare directement la transformation industrielle qui suivra au début des années 1990.
| Année | Étape clé |
|---|---|
| 1895 | Création de Laurin & Klement à Mladá Boleslav |
| 1899 | Début de la production de motocyclettes |
| 1905 | Présentation de la première automobile, la Voiturette A |
| 1925 | Fusion de Laurin & Klement avec le groupe Škoda |
| 1987 | Lancement de la Favorit à traction avant |
| 1991 | Škoda rejoint le groupe Volkswagen |
| 1996 | Lancement de la première Octavia moderne |
| 2020 | Présentation de l’Enyaq, premier modèle électrique Škoda développé dès l’origine sur la plateforme MEB |
| 2025 | 130 ans de l’entreprise et centenaire de la fusion avec Škoda |
1991 : l’entrée dans le groupe Volkswagen change l’échelle de la marque
En 1991, Škoda rejoint le groupe Volkswagen. Cette intégration permet une modernisation profonde de la production, un accès à de nouvelles technologies et un développement commercial beaucoup plus large.
La première Octavia moderne, lancée en 1996, devient l’un des symboles de cette nouvelle période. Elle est le premier modèle Škoda développé intégralement sous l’égide du groupe Volkswagen et impose progressivement les caractéristiques qui feront la réputation récente de la marque : espace intérieur généreux, solutions pratiques et positionnement prix-équipement compétitif.
L’Octavia restera ensuite au centre de la gamme. Sa quatrième génération, commercialisée depuis 2020, a dépassé à elle seule le million d’exemplaires vendus et demeure le modèle le plus livré de la marque au niveau mondial.
2020 : ce que la Vision iV annonçait réellement
L’article de 2020 présentait la Vision iV comme le futur SUV électrique de série. Il s’agissait en réalité d’un concept annonçant le véhicule qui deviendra l’Enyaq iV.
L’Enyaq, présenté en 2020, devient le premier modèle Škoda entièrement électrique conçu dès le départ autour de la plateforme MEB du groupe Volkswagen. Il ne s’agit donc pas d’une simple version de série baptisée Vision iV : ce nom appartenait au concept-car qui préfigurait la nouvelle génération électrique de la marque.
Cette distinction est importante, car l’Enyaq ouvre une nouvelle architecture industrielle pour Škoda. Il est ensuite rejoint par l’Elroq, premier modèle à adopter pleinement le nouveau langage stylistique Modern Solid.
En 2026, Škoda ne ressemble plus à la marque de 2020
La transformation annoncée lors du 125e anniversaire s’est concrétisée. En 2025, Škoda a livré 1 043 900 véhicules dans le monde, franchissant à nouveau la barre du million d’unités. La même année, la marque s’est classée troisième sur le marché européen et ses livraisons de véhicules entièrement électriques ont atteint 174 900 unités.
La progression s’est poursuivie au premier semestre 2026 avec 555 700 véhicules livrés dans le monde, soit une hausse de 9,1 % sur un an. Sur cette période, Škoda s’est hissée au deuxième rang des marques les plus vendues en Europe. Les livraisons de modèles 100 % électriques ont atteint 108 200 unités sur six mois, en hausse de 48,3 %.

De l’Enyaq au Peaq : quatre modèles électriques en 2026
En 2026, Škoda élargit fortement son offre électrique. À l’Enyaq et à l’Elroq s’ajoutent deux nouveaux modèles : l’Epiq, crossover électrique urbain dont la production a débuté en Espagne, et le Peaq, nouveau SUV électrique à sept places placé au sommet de la gamme.
Le Peaq est le plus grand SUV jamais proposé par Škoda. Long de 4,87 mètres, il annonce plus de 640 km d’autonomie dans sa version à grande batterie et introduit plusieurs technologies inédites pour la marque. Avec l’Epiq, il permet à Škoda de doubler son portefeuille de modèles entièrement électriques en 2026.
Une continuité plus qu’une rupture
Le parcours de Škoda ne se résume donc pas à une succession de changements de propriétaires ou de technologies. La marque est passée du vélo à la motocyclette, de la Voiturette A à la production de masse, de l’économie tchécoslovaque au groupe Volkswagen, puis du moteur thermique à une gamme où thermique, hybride rechargeable et électrique coexistent.
Le contraste entre la Voiturette A de 1905 et les SUV électriques de 2026 est spectaculaire, mais le fil conducteur reste le même : produire des véhicules relativement rationnels, spacieux et conçus pour un usage quotidien. C’est cette continuité, davantage que le seul anniversaire de 2020, qui explique pourquoi l’histoire de Škoda reste pertinente plus de 130 ans après la création de Laurin & Klement.







