La logistique industrielle prépare un nouvel investissement dans le Sahel. À l'occasion de ses 40 ans de présence revendiquée en Tunisie, le groupe DACHSER a annoncé, le 22 octobre 2026, un projet de site de 6 000 m² dans la région de Sousse. Le prestataire, qui travaille notamment pour les secteurs automobile, aéronautique et électronique, entend renforcer la proximité de ses services avec les bassins de production tournés vers l'exportation.
L'annonce concerne un projet de construction, pas un bâtiment déjà opérationnel. Le communiqué ne précise ni l'emplacement exact, ni la date d'ouverture, ni le montant de l'investissement immobilier, ni le nombre d'emplois supplémentaires attendus. La surface de 6 000 m² ne doit donc pas être présentée comme une capacité de stockage immédiatement disponible.
Pourquoi la région de Sousse ?
Le Sahel constitue l'un des territoires industriels majeurs du pays, avec des entreprises de fabrication, d'assemblage et de services techniques. Pour les équipementiers automobiles, un maillage logistique plus proche des sites de production peut réduire les trajets de collecte, faciliter le groupage des expéditions et mieux organiser les départs vers les clients européens. Il s'agit d'avantages potentiels : DACHSER n'a pas communiqué de gains chiffrés de délai ou de coût pour le futur site.
Dans l'automobile, la logistique ne consiste pas seulement à déplacer des palettes. Faisceaux électriques, composants électroniques, pièces mécaniques ou éléments de carrosserie peuvent être soumis à des exigences de traçabilité, de conditionnement et de livraison. Un retard dans une chaîne d'approvisionnement cadencée peut perturber l'activité d'un atelier ou d'une usine cliente. Le nouveau site annoncé devra être évalué sur sa capacité réelle à répondre à ces contraintes, une fois ses prestations connues.
Un réseau routier vers 35 pays européens
Le groupe indique proposer, depuis la Tunisie, des départs réguliers vers et depuis 35 pays européens. Le principe repose sur le groupage : plusieurs expéditeurs mutualisent des capacités de transport et leurs marchandises passent par des plateformes de consolidation. Cette organisation permet de traiter des envois plus petits qu'un camion complet, sans imposer à chaque industriel d'affréter un véhicule dédié.
DACHSER avait déjà détaillé, dans une communication du 5 mars 2024, des passerelles logistiques à Strasbourg et Ungerhausen, en Allemagne, ainsi que des liaisons régulières avec Radès et Bennane. Ce dispositif donne un contexte concret à l'annonce de Sousse : le futur site viendrait compléter un réseau existant plutôt que créer de zéro une liaison avec l'Europe.
Il faut néanmoins distinguer les liaisons commerciales annoncées de la durée réelle d'acheminement d'une pièce automobile. Les délais dépendent notamment des formalités douanières, des passages portuaires, du type de marchandise et des correspondances. Aucun délai garanti spécifique à la future plateforme de Sousse n'a été rendu public.
136 collaborateurs et 15 000 m² sous douane : la situation actuelle
Selon les chiffres communiqués pour l'activité tunisienne, DACHSER emploie actuellement 136 personnes et s'appuie sur deux sites interconnectés représentant 15 000 m² de surfaces sous douane. Le groupe mentionne également près de 400 agences réparties dans plus de 40 pays à l'échelle internationale. Ces indicateurs décrivent des périmètres différents : les effectifs et les surfaces concernent la Tunisie, tandis que les agences relèvent du réseau mondial.
| Indicateur | Situation annoncée | Précision |
|---|---|---|
| Présence historique | Depuis 1986 | 40 ans revendiqués en 2026 |
| Équipe en Tunisie | 136 collaborateurs | Effectif actuel annoncé |
| Sites existants | 2 sites interconnectés | Réseau tunisien actuel |
| Surfaces sous douane | 15 000 m² | Capacités existantes annoncées |
| Projet à Sousse | 6 000 m² | Construction annoncée, non livrée |
| Liaisons européennes | 35 pays | Départs réguliers annoncés |
| Investissement 2025 | 2 millions d'euros | Informatique et capacités opérationnelles |
Le montant de deux millions d'euros porte sur des investissements réalisés en 2025 dans la modernisation informatique et les moyens opérationnels. Il ne correspond pas au budget de construction du futur site de Sousse, lequel n'a pas été communiqué. Additionner automatiquement 6 000 m² aux 15 000 m² sous douane serait également prématuré : la nature exacte des surfaces du projet n'est pas détaillée.

Vue du port de Radès en 2012. Photographie d'archive : M.Rais / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0. L'image ne documente pas le futur site de Sousse.
Le port de Radès reste un maillon important
Le transport entre la Tunisie et l'Europe combine souvent préacheminement routier, traversée maritime et distribution terrestre. Dans ce schéma, les ports et les opérations douanières comptent autant que les plateformes de groupage. Le rôle précis du port de Radès dans chaque flux dépend de la destination, du transporteur et des solutions retenues par le chargeur.
Pour un fabricant de composants, la performance se mesure notamment à la régularité des départs, à la visibilité sur les expéditions, à la gestion des incidents et à la maîtrise des délais. Une infrastructure supplémentaire dans le Sahel peut améliorer la collecte locale, mais elle ne résout pas à elle seule les contraintes portuaires ou douanières. La promesse industrielle devra donc être appréciée à l'échelle de la chaîne complète.
Transport maritime, aérien et solutions multimodales
DACHSER ne se limite pas au transport routier. Son activité Air & Sea Logistics, développée en Tunisie depuis 1999 selon l'entreprise, couvre le fret maritime et aérien ainsi que des combinaisons entre plusieurs modes de transport. Le groupe cite notamment des échanges avec l'Asie, la Turquie et les Amériques. Pour les industriels, l'intérêt d'un prestataire multimodal est de pouvoir adapter les solutions à l'urgence, au volume et à la valeur des marchandises.
Dans l'industrie automobile, le fret aérien peut servir à répondre à une rupture d'approvisionnement, mais son coût et son empreinte environnementale sont généralement plus élevés que ceux du transport maritime pour une masse équivalente. La planification, la consolidation et la prévention des urgences restent donc des leviers essentiels. L'annonce du site de Sousse ne contient toutefois aucun engagement chiffré sur la décarbonation des flux.
Quels effets pour les équipementiers automobiles ?
Les entreprises exportatrices pourraient bénéficier, à terme, d'un point de collecte et de traitement supplémentaire plus proche de leurs installations. L'enjeu concerne particulièrement les lots de pièces expédiés régulièrement vers des donneurs d'ordre européens. Une meilleure organisation des flux peut aussi soutenir les services après-vente, qui doivent gérer des références nombreuses et des volumes parfois faibles.
Il serait en revanche excessif d'annoncer déjà une baisse des coûts logistiques, de nouveaux contrats automobiles ou des créations d'emplois : aucun de ces résultats n'a été quantifié. Les prochaines informations déterminantes seront le calendrier des travaux, les fonctions exactes du bâtiment, son statut douanier, les services disponibles et les éventuels recrutements.
Ce qui est confirmé et ce qui reste à préciser
| Confirmé au 23 octobre 2026 | Non précisé dans l'annonce |
|---|---|
| Projet de 6 000 m² dans la région de Sousse | Adresse et calendrier de livraison |
| Activité existante auprès de l'industrie automobile | Clients et contrats du futur site |
| Réseau routier et multimodal international | Cadence et délais propres à Sousse |
| Investissement informatique en 2025 | Budget immobilier du nouveau projet |
| 136 salariés annoncés en Tunisie | Recrutements liés à la nouvelle implantation |
Cette annonce intervient alors que les équipementiers tunisiens cherchent à sécuriser leurs débouchés et à mieux s'intégrer aux chaînes d'approvisionnement internationales. Le futur site de Sousse représente un signal d'investissement dans la logistique industrielle, mais son effet concret sur la filière automobile ne pourra être évalué qu'après publication de ses caractéristiques opérationnelles.
Sources consultées le 23 octobre 2026 : communiqué DACHSER du 22 octobre 2026 repris par Business News, Entreprises Magazine et Espace Manager ; DACHSER France, « DACHSER relie la Tunisie et la Turquie à son réseau de transport de marchandises générales », 5 mars 2024. Les chiffres d'activité et le projet de Sousse sont des données déclarées par l'entreprise.
Couverture : camion DACHSER photographié en Allemagne en 2011, illustration d'archive sans lien direct avec le projet de Sousse. Auteur : High Contrast / Wikimedia Commons, CC BY 3.0 DE. Image recadrée automatiquement au format de couverture.







